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Interview Jean-Pierre Venture Mas de la Séranne

Nous avons interrogé Jean-Pierre Venture (Mas de la Séranne, AOC Terrasses du Larzac), qui réfléchit depuis longtemps aux conséquences du réchauffement climatique sur ses vins. 

J.P. Venture devant sa parcelle de counoise plantée en 2012

 

Les cépages patrimoniaux, les variétés résistantes à la chaleur, c’est une nouveauté pour vous ?

Non pas du tout, je m’y intéresse depuis 2005 ! Cela a commencé avec des clients britanniques de passage au caveau, qui étaient vraiment en colère car mes vins affichaient 14° ! Je leur ai répondu que je n’étais pas responsable du soleil, mais tout de même, ça m’a interpellé, et j’ai commencé à réfléchir à l’élévation des degrés dans nos vins, aux vendanges de plus en plus précoces…

J’ai ensuite assisté à différentes conférences sur le sujet dont une avec Jean-Michel Boursiquot, le spécialiste mondial des cépages, et Kees Van Leeuwen professeur renommé également de Bordeaux, qui s’exprimait justement au sujet de l’élévation des degrés (et trouvait d’ailleurs cocasse de venir à Montpellier chercher des cépages à même de faire baisser les degrés !). 

Et de fil en aiguille, j’ai commencé les essais « en solitaire » sur des variétés pas trop précoces, présentant des maturités pas trop courtes. C’est ainsi qu’en 2007 j’ai planté sur un porte-greffe (41 B) retardant les maturités puis, accompagné par J.M. Boursiquot, en 2012 et en 2016, j’ai planté de la counoise et du morrastel. Entretemps, j’ai aussi fait des essais divers, sur la hauteur de fil par exemple (plus la sève met de temps à monter aux grappes, moins elles sont sucrées). Ou en plantant sur différents types de sols pour voir comment se passait l’adaptation.

 

Et qu’avez-vous constaté ?

J’ai réussi à maintenir mes vins sous la barre des 15° (14,6° ou 14,7°, mais on reste en-dessous !) donc c’est plutôt satisfaisant. 

Avec le porte-greffe 41 B, sur lequel j’ai greffé du grenache, l’effet retard de maturité est réel et j’obtiens 1° de moins que par rapport au 110.

 

Ma problématique de recherche de cépages adaptés à la chaleur demeurant d’actualité, lorsqu’en 2018 le syndicat AOC Languedoc m’a proposé de participer aux essais, rendus possibles suite à l’obtention de l’aval de l’INAO, sur des cépages grecs et italiens et sur des cépages patrimoniaux de notre région, cela m’a tout de suite intéressé !

 

Quels sont les cépages que vous avez plantés ?

En ce qui concerne nos cépages « historiques » ce sont le carignan, le morrastel, le piquepoul noir, le rivairenc et en blanc le terret bourret. 

 

Quelles sont vos premières observations ?

Le morrastel est très intéressant : il donne de la couleur, de la puissance, de la matière, beaucoup de complexité… Il est plus tardif que la syrah, a un port facile à travailler… Bref il me plaît beaucoup !

La counoise est un peu plus aléatoire, moins stable. Cette année elle a particulièrement souffert de la sécheresse et s’est donc montrée moins intéressante. Elle pousse peu, mais est encore jeune, donc à voir… Mais de manière générale je trouve la counoise plus compliquée à gérer et elle donne moins de complexité.

Concernant les cépages grecs, cette année l’agiorigitiko n’a pas donné de raisin, et l’assyrtiko s’est montré sensible au mildiou.

 

Nous devons poursuivre ces essais pour avoir plus de recul sur l’intérêt de ces différents cépages pour notre appellation dans le contexte de changement climatique qui nous préoccupe.